ghorafi:

Ma mère je me languis

De ne pas avoir un amant

Si vous me donniez un mari

Mon petit cœur en serait content

J’ai un petit panier

Mon petit cœur en s’rait content

Pourquoi vouloir un homme

Quand on a un métier ?

Si un mari je te donne

Tu délaisseras ton tablier

J’ai un petit panier

Tu délaisseras ton tablier

Ma mère ce n’est pas un métier

De mettre à mort de pauvres gens

Je n’en peux plus d’avoir les pieds

Qui me font mal le jour durant

J’ai un petit panier

Qui me font mal le jour durant

Je n’en peux plus de mes genoux

Car à force de me baisser

J’ai les jambes en lambeaux

De ramasser les têtes coupées

J’ai un petit panier

De ramasser les têtes coupées

Si un galant me distrayait

J’aurais plus de cœur à l’ouvrage

Je saurais bien me distinguer

Mère, donnez-moi mes gages

J’ai un petit panier

Mère, donnez-moi mes gages

Taisez-vous petite sotte

Aucun amant ne voudrait d’vous

Vous avez le nez en compote

Et de la merde jusqu’au cou

J’ai un petit panier

Et de la merde jusqu’au cou

 La mort nous colle dans le dos

Et c’est bien là notre héritage

On sent le mort jusqu’aux os

Et on fait fuir tout le village

J’ai un petit panier

Et on fait fuir tout le village

Comment crois-tu, ma pauvre enfant

Que je puisse donc te marier ?

Ni un bossu, ni un errant

Avec toi ne s’déshonorerait

J’ai un petit panier

Avec toi ne s’déshonorerait

Tu feras comme nous toutes

Comme toujours nous avons fait

Avec un condamné sans doute

Ou bien ton frère pour te dépuceler

J’ai un petit panier

Ou bien ton frère pour te dépuceler

Et-si tu ne peux calmer ce feu

De cette très simple manière

Relève ta jupe et tes cheveux

Et baigne-toi dans la rivière

J’ai un petit panier

Et baigne-toi dans la rivière


© Ghorafi

Nouvelle participation au projet des Fendeuses de ma soeur.

(via melinaghorafi)

ghorafi:

Travail sur un faux folklore et de faux chants traditionnels :

«Il y a très longtemps, fit enfin la grand-mère, il y avait un bourreau qui officiait ici. Bien sûr, il n'habitait pas dans le village ; personne ne voulait souffrir sa présence, personne ne le voulait à proximité. C'était un métier dur, mais il était riche, voyez-vous, il avait droit de havage sur toutes les céréales en vente ; il pouvait en prendre autant que sa main en pouvait contenir. Il prélevait en personne les impôts sur les légumes, et marquait d'une croix de craie le dos de ceux qui l'avaient déjà payé. Il avait bien d'autres privilèges pour compenser l'ingratitude de sa tâche et le Salut qui échappait à son âme.

Une fois comme une autre, il y avait exécution sur la place principale. On ne s'imagine pas aujourd'hui le rituel que c'était : le chariot du condamné prenait par la rue la plus passante pour ralentir et rallonger le trajet. Ainsi, le bon peuple avait tout le loisir d'insulter, conspuer et humilier le malheureux. Lorsqu'enfin il montait sur la potence, le bourreau se livrait à une véritable performance, car si les gens aimaient voir mourir une mauvaise graine pour la morale sauvegarder, ils n'appréciaient guère de voir le bourreau rater sa victime. La mort devait être parfaitement exécutée et exemplaire. Hors, lors de cette exécution, notre bourreau rata. C'était un bourgeois au cou gras qui devait perdre la tête ce jour-là, mais sa nuque était trop épaisse pour être tranchée nettement par une épée. Après un quart d'heure de supplice et sous une foule déchaînée et hurlante, notre bourreau fuit l'estrade et fut battu par les gens. Mais le spectacle n'était pas terminé ; à la surprise générale, la bourrelle du bourreau monta l'échafaud avec une scie, et coupa la tête du pauvre homme en trois minutes. Ce fut le commencement d’un étrange phénomène.»

Elle versa du café dans une tasse.

« Après un tel traumatisme, notre bourreau abandonna sa charge. Pour le remplacer, qui de mieux que sa femme qui avait brillé par son efficacité ? De bourrelle, elle devint bourreau. C'était un point gagnant pour la Justice : être exécuté par une femme était plus humiliant ; l'effet aurait pu être encore plus dissuasif, encore plus exemplaire. Les gens se pressaient d'autant plus pour aller voir une femme raccourcir les condamnés ou abaisser le levier du gibet. Elle faisait preuve d'une compassion particulière pour ses condamnés ; elle venait les voir en prison, elle leur apportait linges blancs, mais sa main jamais n'hésitait lorsqu'elle devait faire son métier devant la foule. Veuve et sans enfant, elle trouva auprès de ses condamnés un remède original contre son manque de descendance. Elle tomba rapidement enceinte. C'est une habitude qui est restée : aucun homme ne voulait subir l'affront d'être marié à une femme qui coupe des têtes.

La naissance de cet enfant souleva peu de scandale ; on aimait autant que la souillure de ce métier reste en dehors des gens de bonne vie. C'est ainsi que sont apparues les Fendeuses.»

© Ghorafi

J’ai chanté pour ma soeur.

(via melinaghorafi)